Un monde de crobard

Pages grises et roses d'une vie ordinaire.

05 mars 2009

La douleur d'être mère

Nous avions espéré les semer en quittant Paris. Nous avions rêvé que, comme la chatte, elles ne se sentiraient bien que dans cet appartement familier, et qu'elles préfèreraient nous y attendre.
Nous nous étions trompés.
Elles nous ont accompagnés. Et l'air de la province a semblé leur réussir.

Depuis dix jours, nous regardons avec désespoir l'Acrobate se tordre et hurler sa douleur, plusieurs fois par jour, dans un sinistre ballet qui nous laisse tous trois épuisés, chancelants.
Il a à nouveau fallu composer avec les conseils et les remarques des uns et des autres, de ceux à qui il est difficile de dire certain mot attribué à Cambronne parce qu'ils sont trop proches, parce que la morale occidentale veut qu'on leur doive le respect, en toutes circonstances.
Il a à nouveau fallu puiser dans nos réserves de patience et d'énergie, jusqu'à des niveaux insoupçonnés, pour faire face de notre mieux aux crises, diurnes et nocturnes.
Et quand la situation est devenu par trop insoutenable, il a fallu retenir de son mieux ses larmes pour appeler le pédiatre parisien, celui qui, par chance, était de garde ce samedi-là, et noter le traitement recommandé.

Cela n'aura pas suffi.

Lundi matin, après une nuit de cauchemar, une gentille secrétaire médicale m'a dit, "venez pour 17 heures. Le carnet de rendez-vous est plein, mais je vous ferai recevoir". Deux cent cinquante kilomètres et un voyage épique plus tard, c'est un Acrobate gazouillant qui a été examiné par une toute aussi gentille doctoresse. Bébé en pleine forme, aucune malformation décelable, aucun problème particulier à signaler... sinon de très sévères coliques du nourrisson. Rien à faire d'autre qu'attendre, et essayer de le soulager un peu en continuant à nous en occuper comme nous le faisions, et en lui administrant le traitement indiqué par le pédiatre.

Mais la bataille a fait des dommages collatéraux. Si l'Amoureux est fatigué, exténué, sa Hérissonne est quant à elle lessivée, littéralement épuisée.

Et hier soir, après une journée passée à voir le petit Acrobate s'énerver à chaque tétée et crier son insatisfaction de ne pas trouver à cette source qu'il croyait intarissable la nourriture qu'il y cherchait, après une douche, accroupie au fond de la baignoire à pleurer toutes les larmes de mon corps de peine et de fatigue et de frustration et de culpabilité, hier soir, je me suis résolue à rappeler la gentille doctoresse, et à noter les possibles marques de lait maternisé qu'elle me recommandait de lui donner, en complément, le temps que je récupère un peu.
Hier soir, en larmes, j'ai essayé de ne pas entendre les cris de surprise de mon fils à qui une autre donnait un biberon de lait qui n'était pas le mien, et qui a enfin apaisé sa faim...

Lait maternisé

Posté par PtiCrobard à 11:15 - Hérissonnades - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


13 février 2009

Blasée, un peu...

Retour de courses pré-vacances (rassurez-moi : il n'y a pas que chez moi qu'il semble toujours manquer un truc pour le trajet à la veille du départ ??...), cet après-midi, 16h30. Message sur le répondeur : "Allô, Mme Crobard ? Bonjour, c'est le Cabinet du Maire de Trucmucheville. Je vous appelais car le Maire souhaiterait vivement vous rencontrer pour un entretien. Pourriez-vous me rappeler très rapidement, s'il vous plaît ?"

Blasée.

Parce que cet appel, ou son cousin, ou son frère, j'en ai rêvé pendant des mois, je l'ai espéré, je l'ai attendu...
Et c'est maintenant, alors que je m'apprête, heureuse, à passer six mois de plus avec mon fils, qu'on vient m'agiter sous le nez la perspective d'un boulot (enfin) intéressant, (enfin) dans mes cordes, juste à côté de chez moi. Qui plus est, la veille de mon départ pour trois semaines et demi de vacances...

Y'a pas, parfois, y'en a un, là-haut, qui a un sens de l'humour qui me passe un tantinet à côté, si vous voyez ce que je veux dire !...

Posté par PtiCrobard à 17:00 - Hérissonnades - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 février 2009

Lassitude et futilités

Parce que la fatigue pèse sur mon dos et sur mon âme, me faisant voir le monde aussi gris que le temps que je découvre à travers mes fenêtres.
Parce que je recommence à ne voir que les défauts de ce corps marqué par la grossesse, en oubliant la cause et le résultat de toutes ces agressions.
Parce que, si je n'y fais rien, je sens qu'un grand trou sombre me guette ; parce que, déjà, j'ai peur du regard inquiet que pourrait poser sur moi la sage-femme qui m'a suivie "avant", et que je vais revoir, tout à l'heure.
Parce que la vie, c'est aussi des futilités.

Tout à l'heure, j'irai couper la masse hirsute et informe qui couronne pitoyablement ma tête, avec l'espoir que ce nouveau visage m'aidera à refaire la paix avec moi-même...

Posté par PtiCrobard à 12:35 - Hérissonnades - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 février 2009

Marquée

De sa vie toute nouvelle, la mienne restera marquée à tout jamais.

doudouIl y a les petites choses qui font sourire ou rire, qui vous disent à quel point vous êtes en amour avec ce petit être issu de vos entrailles - la fatigue et l'énervement qui s'envolent au moindre de ses gazouillis, les larmes dans vos yeux en l'entendant pleurer de douleur quand les coliques frappent, encore et encore, le laissant misérable et épuisé, le fourmillement désormais familier au bout des seins quand c'est la faim qui le pousse à appeler...
La semaine dernière, quand il s'est enfin endormi dans sa nacelle, bercé par le mouvement de balancier d'une poussette manipulée par son papa, au terme d'une soirée éprouvante, c'est bien moi que son doudou est venu consoler de ce couffin vide à côté de mon lit, de cette solitude toute neuve, déchirante. Même pas honte. Enfin, pas trop...

Et puis il y a les traces physiques, éphémères ou plus permanentes - ces zébrures violettes, si impressionnantes sur mes hanches, plus fines mais tout aussi désolantes sur mes cuisses et mon ventre, ultime souvenir de son passage vers une vie nouvelle ; la raideur de mon coccyx et de mon sacrum, en fin de journée, quand la fatigue commence à peser ; et cette douleur vive, si vive, à l'épaule gauche, l'épaule du bras sur lequel il aime tant reposer en position ventrale quand les coliques viennent le déchirer.
Cette douleur, d'abord intermittente, et désormais permanente, qui accompagne chaque mouvement, et me fait appréhender la prochaine colique, maintenant que nous sommes à nouveau seuls tous les deux toute la journée...

Posté par PtiCrobard à 08:45 - Hérissonnades - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 janvier 2009

Et-femme-mère

Visite d'amis chers de l'Amoureux ce week-end, devenus chers à mon cœur dès notre rencontre, tant et tant que lui sera bientôt le parrain de l'Acrobate. Je les laisse pouponner et en profite pour prendre un peu de temps pour moi - juste le temps d'une douche prise sans se presser... Depuis combien de temps cela ne m'est-il pas arrivé ? Calcul vite réalisé : quinze jours. Depuis le 27 décembre dernier. (Ou plutôt, depuis le 25.)
L'Amoureux rentre dans la salle de bain, me glisse un mot, ressort après un baiser rapide. Depuis combien de temps ne m'avait-il pas vue nue ? Calcul vite réalisé : quinze jours. Depuis le 27 décembre dernier.

Je regarde cet enfant dormir, parfois paisiblement, parfois d'un sommeil agité. Je calcule mes chances de grapiller un peu de sommeil avant qu'il ne se réveille. Il faudrait aussi étendre le linge qui attend dans la machine. Et manger. Et noter ce que je ne dois pas oublier de faire, plus tard, quand j'aurai un peu de temps, un peu d'énergie aussi. Tiens, j'ai oublié de prendre des serviettes en papier quand j'ai préparé la liste des courses en ligne ! Oh ! penser à rajouter L. sur la liste des destinataires de faire-part !! Flûte, j'aurais dû en commander quelques-uns en plus, décidément ! Bon, à quand remonte la dernière tétée ? le dernier change ? Quelle heure est-il ?...

J'ai l'impression de me noyer dans un verre d'eau. L'impression de n'être plus qu'une mère, d'avoir oublié la femme, quelque part entre ici et ici, quelque part entre le moment où nous sommes partis pour la maternité et aujourd'hui. Combien de temps cette improbable équation peut-elle tenir ?...

Posté par PtiCrobard à 15:05 - Hérissonnades - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1