Un monde de crobard

Pages grises et roses d'une vie ordinaire.

08 février 2009

Un autre rythme

EnveloppesLe courrier, déposé au bureau de poste samedi matin, ne partira pourtant que lundi : nous avons raté la levée. Officiellement, ma lettre arrivera donc trop tard pour pouvoir prendre effet comme je le souhaite. Mais, là-bas, ils sont prévenus, et la jeune femme chargée du suivi des arrêts m'en a assurée vendredi, quand j'ai découvert que je ne disposais pas de cinq semaines encore pour me décider, mais de vingt-quatre heures à peine : "Oh, du moment qu'elle arrive en début de semaine, ce n'est pas bien grave !"

Alors, vendredi soir, au retour d'une longue journée de travail pour l'Amoureux, la décision, déjà évoquée auparavant, et laissée en suspens, a cette fois été prise, ensemble : nous n'attendrons pas une hypothétique et improbable place en crèche au printemps. Notre petit Acrobate restera à la maison avec sa maman six mois de plus. Ou sa maman, avec le petit Acrobate. "Congé parental d'éducation". Reste à déterminer qui éduque l'autre...

Ai-je le droit de dire qu'elle m'a fait peur, cette décision ? Oh ! pas tant pour l'aspect "mère au foyer". Je ne crois pas que ce serait un choix de vie judicieux pour moi dans le long terme, mais pour six mois, six mois de printemps et d'été, six mois de jours qui rallongent et embellissent, six mois à regarder s'éveiller à la vie mon tout, tout petit bébé, je ne me pose pas trop de questions. Il en irait peut-être autrement si j'avais un travail passionnant et épanouissant, ou si je savais que mon absence laisserait un vide tel au sein de l'équipe que c'en serait un réel problème. Je sais que ce n'est pas le cas, pas au plan professionnel en tout cas.
Financièrement, la solution ne nous reviendra vraisemblablement pas plus cher que la crèche : le salaire de l'Amoureux étant bien supérieur au mien, nous relèverions sûrement d'une des tranches les plus élevées du quotient familial. Il est donc probable que le coût de la crèche serait à peu près le même que le manque à gagner entre mon petit salaire et les allocations versées par la CAF pour les six premiers mois du congé parental. Seule différence (mais qui, psychologiquement, fait toute la différence) : au lieu que les sous rentrent des deux côtés, et que ce soit un chèque tiré sur le compte commun qui vienne nous soulager des frais de garde du bébé, ledit compte commun sera "seulement" moins alimenté de mon côté, faisant peser l'essentiel des charges financières sur les seules épaules de l'Amoureux. On est d'accord, au final, le résultat est à peu près le même - mais dans ma tête, c'est très différent, déjà...
Alors ? pas de regrets d'un point de vue professionnel (au contraire, cette parenthèse devrait aussi me permettre de mettre les choses à plat de ce côté-là, et de chercher un nouveau poste, plus en adéquation avec mes attentes et mes besoins), pas de différence au niveau financier... Où est donc le problème ?

Non, ce qui m'a fait peur, c'est le regard de l'Amoureux sur ce "rab de congés". Fantasme négatif né de mon histoire passée, à l'ombre d'un homme vénéneux, qui avait érigé au rang d'art le dénigrement de l'autre.
Alors, dans ses yeux, j'ai eu peur de lire "parasite", ou "mère poule". Dans ses yeux, j'ai eu peur de lire une critique, un jugement.

Il m'aura fallu insister pour discuter de ce choix avec lui, entendant dans son acceptation rapide (trop rapide ?) une résignation à une solution qui lui aurait été imposée. Il m'aura fallu lui dire mes peurs et mes craintes, lui parler à nouveau des fantômes qui hantent encore mon coeur et ma tête, il m'aura fallu accepter une nouvelle fois de m'ouvrir, de me livrer en confiance.
Et une nouvelle fois, ses bras se sont ouverts pour accueillir ma peine et mes pleurs, et son coeur a répondu au mien, pour me dire que si la conversation se terminait si rapidement, ce n'était pas parce qu'il la fuyait ou qu'il subissait, mais tout simplement parce qu'elle n'avait pas lieu d'être à ses yeux, que plus il y avait pensé, et plus cette solution lui avait paru être la meilleure, pour l'Acrobate, pour moi, et pour lui, qu'il était soulagé de savoir notre fils avec moi pour six mois de plus, plutôt qu'avec des étrangers, heureux de savoir que nous pourrions passer un peu plus de temps tous ensemble aux prochaines vacances, qu'avec un peu de chance, ce serait aussi l'occasion pour moi de reprendre pied dans la vie professionnelle dans de meilleures conditions...

En septembre, je laisserai mon fils à la garde de quelqu'un d'autre. D'ici-là... D'ici-là, je compte bien vivre sur un autre rythme, celui de sa vie qui commence, et engranger les moments de bonheur, comme autant de doux et chauds petits cailloux à garder dans ma poche et à faire couler entre mes doigts des jours moins roses...

Posté par PtiCrobard à 18:15 - La vie en rose (et gris aussi...) - Commentaires [17] - Permalien [#]

Commentaires

    Comme ils savent nous rassurer, ceux qui nous aiment, quand nous croyons avoir vu l'ombre de l'un de nos vieux démons!
    Profite bien, c'est si doux, de vos vies entrelacées.

    Posté par plume, 08 février 2009 à 23:28
  • Cette décision me ravit, pour toi, pour lui et pour l'autre lui aussi. Je crois que tu y gagneras et pour peu que l'aspect financier de ce choix soit pour vous deux accepté, tu n'auras alors plus qu'à profiter de ses premiers sourires, de ses premiers mots...

    Je suis contente pour toi d'abord, finalement !

    Posté par telle, 09 février 2009 à 00:30
  • Moi j'ouvre le pari que le moment venu tu demanderas du rab de congé parental !

    Posté par Ericc, 09 février 2009 à 11:36
  • Plume : cet homme continue à me surprendre... tant mieux !

    Telle : bah, financièrement, vu mon salaire, ça ne fait guère de différence par rapport à la crèche. Tout au moins pour les 6 mois pendant lesquelles je peux percevoir une indemnité de la CAF. Et pour l'instant, on se concentre sur les aspects positifs de la chose - on aura bien le temps d'en découvrir tous les points négatifs !

    Eric : c'est doux d'avoir à nouveau un témoignage de ton passage ici !
    Parie autant que tu veux : l'argent reste le nerf de la guerre, et en septembre, la "manne" de la CAF s'arrêtera. Il faudra bien alors en revenir à des solutions plus... laborieuses, disons. Et, du coup, dire au-revoir chaque matin à notre petit bonhomme... (Bon sang, j'ai le coeur qui se serre rien que d'y penser !! )

    Posté par Le p'tit crobard, 09 février 2009 à 13:57
  • du neuf

    Si en 2007, l'année se devait d'être chouette (selon votre article paru à ce moment et por la rime) en 2009, l'année sera faite de neuf... ça rime assi et ça correspond à cette decision prise avec l'Amoureux.... C'est en tout cas ce que je vous souhaite à tous les trois.

    Posté par Paskaline, 09 février 2009 à 18:52
  • As-tu vraiment besoin de te dire ce que j'en pense ?

    Posté par Cécile, 09 février 2009 à 23:00
  • Pfff ! "Ai-je" vraiment besoin de Te dire ce que J'en pense !

    Posté par Cécile, 09 février 2009 à 23:01
  • Paskaline : Pfff... 2007, déjà ?!? Je ne m'étais pas aperçue que ça faisait déjà si longtemps...
    Enfin, à vrai dire, en 2008, ça a déjà pas mal swingué. Mais, oui, j'espère que ça se poursuivra en 2009. Ce n'est pas "du passé, faisons table rase", mais plutôt "apprenons de nos erreurs, et corrigeons-les" !

    Cécile : je ne sais pas pourquoi, je pense que j'en ai une vague idée...

    Posté par Le p'tit crobard, 10 février 2009 à 11:23
  • vive ces hommes là

    Posté par Mona, 10 février 2009 à 21:36
  • Oui, j'aurais du préciser, si le nerf de la guerre le permet... une pensée pour mon filleul qui reprend en juin le boulot après un an et demi de congé parental ( et oui mesdames un papa en congé parental !)
    et si je ne laisse que très peu de traces de mes passages, ils sont bien féquents !

    Posté par Ericc, 11 février 2009 à 20:27
  • Eric : si je te dis que l'Amoureux rêve de s'expatrier en Suède, où le congé post-natal dure 13 mois, dont 2 obligatoirement réservés au Papa ?... Mais c'est vrai qu'en France, ça reste trop peu courant - alors vive ton filleul !!

    Posté par Le p'tit crobard, 12 février 2009 à 09:53
  • Quelle jolie décision que tu ne regretteras jamais. Chez nous, c'est Mr qui a pris le congé parental pour les 2 et c'est lui aussi qui est à temps partiel depuis pour être avec eux tous les mercredis. Alors, il faut assumer au début les regards des autres, mais quand on voit combien les enfants apprécient les matins au dodo, et le temps avec le parent qui reste, on ne regrette pas que les épinards aient un peu moins de gras !
    Bises

    Posté par clothilde, 12 février 2009 à 20:54
  • Clothilde : je crois que nous rêverions de pouvoir assumer ce regard-là... Mais vu la différence de salaire entre l'Amoureux et moi, ça n'est qu'utopie, et nous en sommes conscients.
    Mais, décidément, plus je vous découvre, et plus votre petite famille me semble admirable !!

    Posté par Le p'tit crobard, 13 février 2009 à 10:36
  • Et elle l'est !

    (tu sais, quand j'étais enfant, à la naissance de mes soeurs, c'est mon papa qui travaillait à mi-temps)

    Posté par telle, 13 février 2009 à 23:42
  • Bonjour-Bonsoir, de petits bonds en petits bonds j'arrive ici. Etoh, que ce billet me fait écho. C'était il y un an, et je venais de poser l'orteil dans le congé parental d'éducation, pour 6 mois...
    Ce fut doux agréable de rester le nez dans le cou du Piou, son cheveu dans mon horizon. J'en avais envie de ce congé parental, pour notre "petit dernier". Pour les 3 autres, c'est le Papa qui bossait à temps-partiel.
    Oui ce fut agréable, mais moi qui suis le "gros" salaire de la maison, oui je me suis un peu inquiétée l'inconscience avec ses sous qui n'étaient plus les miens. Ça m'a piqué un peu d'oxygène parfois, la nuit. Puis ça passait.
    En septembre le Piou a découvert le chemin de la crèche, j'ai retrouvé celui de la librairie où apaiser ma compulsivité achateresque, hi hi.
    Chez nous, ça ne pouvait pas durer plus de 6 mois. Et si c'était à refaire je le ferais encore le sourire aux lèvres.
    Il va être bon ce temps là, hmmm !

    Posté par La Grenouille, 14 février 2009 à 02:48
  • je crois que tu ne le regretteras pas. C'est aussi le moment de se poser so, pour se demander ce qu'on veut faire vraiment, ce qu'on a envie de lâcher ou pas;

    Posté par marion, 15 février 2009 à 15:40
  • La Grenouille : ravie de faire ta connaissance ! (Et chouette, un nouveau blog à découvrir !!) Oui, il va être bon - vraiment... Je suis tellement plus sereine depuis que je sais que nous avons tout ce temps en plus ensemble, l'Acrobate, moi, et son papa... Effet immédiat, j'en étais la première surprise !!

    Mme L. : je m'en rends déjà compte depuis quelques semaines. Mon congé maternité pré-natal prolongé puis sa naissance m'ont apparemment permis, sans même que je sois pleinement conscience du processus, de faire le point sur certaines choses, et de voir ce dont j'avais envie, et ce que je n'étais plus prête à accepter. J'ai dans l'idée que si je devais repasser aujourd'hui certains entretiens passés à l'automne, ils ne se dérouleraient pas exactement de la même manière, et ne verraient pas les mêmes choses se dire...

    Posté par Le p'tit crobard, 16 février 2009 à 10:43

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