06 septembre 2008
En pointillés
"En pointillés" - c'est ainsi que semble s'écrire ma vie ces derniers temps.
Le déménagement s'est passé. Bien, je n'irai peut-être pas jusqu'à le dire, mais disons qu'il s'est passé, sans dégénérer en engueulade monumentale ou règlement de vieux comptes entre les déménageurs. Arrivés à 7 heures du matin pour les premiers, ils ont travaillé comme des dingues, mais n'ont pu finir avant 21 heures. Depuis, nous vivons dans une forêt de cartons.
Parce que le pire, dans un déménagement, c'est qu'on en n'a pas fini quand le déménagement proprement dit est passé. Non. Il a fallu tout mettre en cartons avant, subir le bazar du déménagement lui-même, et ensuite, alors que tout le monde est bien fatigué, il faut encore trouver une nouvelle place à tout ce qui se trouve dans lesdits cartons. Suffisamment vite pour ne pas devenir chèvre, suffisamment lentement pour faire les choses de manière sensée, et ne pas avoir à recommencer plus tard. (Et non, Monsieur mon Amoureux, les couverts dans le placard du salon, parce que dans la nouvelle cuisine, il n'y a pas de tiroirs, c'est non. Je te l'accorde, il y a de la place. Mais non. NON.)
Et puis la vie fait que les choses ne vont pas toujours comme on voudrait qu'elles aillent. Un nouveau poste pour l'Amoureux, de nouvelles responsabilités, de nouveaux repères à prendre. On savait que ce serait dur. On n'avait pas prévu qu'on lui aurait miné le terrain, et qu'en fait de dur, ça allait plutôt être le 2e cercle de l'Enfer.
Alors il a fallu répondre aux doutes, recadrer les paniques, adoucir les journées, apaiser les culpabilités, et avancer seule, parce qu'il faut que les choses avancent, et que personne d'autre ne peut le faire. Il a fallu, en parallèle, gérer une situation de plus en plus plombée au bureau, accomplir en deux heures le travail de deux jours pour ne pas que roulent des têtes qui ne méritaient pas un tel traitement, faire des journées de dix heures au lieu des six et demi prévues pour une femme enceinte, et ne pas perdre le nord. Et puis il a fallu gérer le stress d'un double rendez-vous qui se rapprochait inéluctablement, et dont on appréhendait les conclusions.
Et puisqu'on avait décidé de voir les verres à moitié pleins plutôt qu'à moitié vide, les nouvelles sont donc plutôt bonnes : l'acrobate va bien, il grandit et grossit gentiment (enfin, il grandit, surtout !), et ça, c'est l'essentiel. Du côté de l'interface, verre à moitié plein, verre à moitié plein : ça a bougé. Enfin ! Pas de beaucoup, soit, mais enfin, le placenta a commencé son ascension. Une ascension lente, dont le rythme actuel ne serait suffisant que si je me transformais soudainement en éléphante, mais une ascension malgré tout. Tout n'était donc pas si sombre.
Et puis il y a eu le second rendez-vous, un jour de fatigue, un jour de trop grande sensibilité. Il y a eu mes larmes, mes tentatives désespérées pour expliquer la situation à cette femme en qui j'ai pourtant toute confiance. Et le verdict : arrêt, mais temporaire. Quinze jours, le temps de me reposer, de trouver mes repères dans cette nouvelle vie, le temps que les choses s'apaisent un peu autour de moi. Quinze jours, pas plus, parce que "pour une femme active, habituée à une vie sociale, un arrêt prolongé est souvent plus néfaste qu'autre chose, d'un point de vue psychologique".
Comment lui dire que, si j'entends bien ce qu'elle dit, pour avoir subi, dans une autre vie, un cantonnement forcé dans mes quatre murs pour cause de chômage perdurant, en l'occurrence, c'est plutôt la perspective de devoir, dans deux semaines, refaire chaque jour deux heures de trajet en bus pour retrouver un cadre professionnel qui n'a déjà rien d'épanouissant en temps normal, mais où l'atmosphère déjà plombée actuellement ne va pas s'améliorer dans les jours à venir, qui me panique ? Comment lui dire que, si cet entre-deux-eaux est pénible pour moi, en m'interdisant de mettre ma conscience au repos, en m'interdisant de débrancher, en m'interdisant de me dire "voilà, c'est fini, maintenant, on se concentre sur le reste", il l'est aussi pour mon employeur, pour ma chef, à qui on va refuser un remplacement anticipé, puisque, voyons, dans deux semaines, je reviens !, et pour mes collègues qui, du coup, vont devoir assumer une charge de travail supplémentaire ?
Et pourquoi, si elle estime que dans 15 jours, je serai en état de reprendre le travail, cette dernière phrase, au moment de me dire au-revoir : "et puisque vous y retournez cet après-midi [au bureau, pour boucler les dossiers en cours et récupérer mes affaires], n'oubliez pas de prendre vos effets personnels !" ?...
Je suis sortie de chez elle perdue. Noyée dans ce dont j'avais bien conscience que ce n'était que des détails, mais noyée malgré tout. J'ai pleuré au téléphone, me suis demandée quoi faire, et puis je suis retournée au bureau. J'ai rangé mes dossiers papier, archivé mes dossiers informatiques, fait faire une copie pour moi, briefé la collègue qui va assurer l'intérim en attendant mon remplacement, rangé toutes les babioles personnelles accumulées au fil des mois dans des boîtes. Et tiré ma révérence, en ayant fait en une (longue) après-midi de présence plus que mon horaire journalier officiel.
Dans deux semaines, je retournerai donc voir le médecin, comme elle me l'a indiqué. Mais, puisqu'il s'agit de prendre en compte des considérations autant psychologiques que physiologiques, si j'en crois sa logique, alors, j'irai voir celle qui me connaît le mieux, au quotidien : ma généraliste. D'ici-là, j'ai des cartons à ranger, doucement, des poilus à câliner, tendrement, et du repos à prendre, égocentriquement.
Et une connexion Internet à rétablir, si je veux arrêter d'avoir à squatter le bureau de l'Amoureux (qui ne veut même pas reconnaître ma clé USB, le méchant !) pour vous rendre visite ! ;-)
